
« SON EXCELLENCE DOUDOU FWAMBA : L’Audace des Chiffres face au Tumulte des Discours »
« L’histoire économique de la RDC ne retiendra pas les cris, mais les résultats. » Dans un climat politique marqué par la surenchère verbale et la critique systématique, le Ministre des Finances, Doudou Fwamba Likundé Li-Botayi, a choisi de répondre par les faits.
POLITIQUEÉCONOMIE
Benj Mansambu
3/14/20267 min read


RDC : « Les faits parlent plus fort que les slogans »
« L’histoire économique de la RDC ne retiendra pas les cris, mais les résultats. »
Dans un climat politique marqué par la surenchère verbale et la critique systématique, le Ministre des Finances, Doudou Fwamba Likundé Li-Botayi, a choisi de répondre par les faits.
Inflation ramenée à un niveau historiquement bas, stabilité monétaire consolidée, réformes fiscales et budgétaires longtemps différées enfin mises en œuvre, regain de crédibilité internationale confirmé par les institutions financières et les agences de notation : depuis juin 2024, le pilotage des finances publiques de la République démocratique du Congo a changé de tempo et de méthode.
Face aux accusations de « mirage macroéconomique », de pression fiscale ou de dépendance extérieure, le Ministre assume, chiffres à l’appui, une ligne claire : discipline budgétaire, réformes structurelles et refus des rentes.
Dans cet entretien sans détour, Doudou Fwamba démonte les procès politiques, replace les choix économiques dans leur contexte sécuritaire et expose une vision : transformer la stabilité retrouvée en levier de développement durable.
GEOPOLIS HEBDO : Monsieur le Ministre, vos détracteurs parlent d’un « mirage macroéconomique ». Que leur répondez-vous ?
DOUDOU FWAMBA : Je leur réponds par les chiffres vérifiables, et non par des slogans creux.
Tenez : en juin 2024, lorsque le Gouvernement Suminwa I est investi, l’inflation en glissement annuel était à 22,8 %, après avoir atteint 23,4 % en décembre 2023. La dépréciation de la monnaie pour le premier semestre 2024 était chiffrée, en cumul, à 6,2 %, alors qu’en fin décembre 2023, elle avait atteint un cumul de 24 %.
Grâce à une meilleure coordination des politiques budgétaires et monétaires mises en œuvre dans un contexte international favorable, et en dépit du choc sécuritaire interne, l’inflation a d’abord été ramenée à 11,7 % en glissement, avec une dépréciation de la monnaie en cumul chiffrée à 0,9 % à fin décembre 2024. Cela démontre les efforts du Gouvernement pour préserver le pouvoir d’achat de la population et créer plus d’emplois, conformément au PAG 2024-2028.
À la fin du mois de septembre 2025, le rythme de formation des prix intérieurs a continué sa décélération pour atteindre la cible de 7,8 % convenue à fin décembre 2024 dans le programme FEC du FMI. Au 31 décembre 2025, l’inflation avait été ramenée à 2,3 %, avec une forte appréciation de la monnaie nationale, cette fois-ci à la suite de l’action de la Banque Centrale du Congo sur le coefficient de la réserve obligatoire.
De manière concrète et simple, les prix des biens sur les marchés ont connu une baisse significative au bénéfice de nos populations. En bref, l’économie nationale est robuste avec une croissance économique estimée à 5,6 % pour l’année 2026, assortie de niveaux de prix intérieurs favorables (inflation et taux de change).
GEOPOLIS HEBDO : Mais alors, pourquoi plusieurs observateurs tirent la sonnette d'alarme en affirmant que les finances publiques traversent une zone de turbulences et que les caisses de l’État sont vides, au point que le Gouvernement est devenu incapable de payer les salaires des fonctionnaires ?
DOUDOU FWAMBA : Il s’agit d’une vision de court terme et conjoncturelle qui ignore les défis structurels de nos finances publiques.
En effet, la nature rentière de notre économie impose des contraintes sur les finances publiques en début de chaque année, car la première échéance fiscale importante n’intervient qu’au 30 avril. Pendant cette période, il y a généralement des tensions sur la trésorerie exercées par les dépenses contraignantes, dont les salaires.
À cette question de fond s'ajoute l’aggravation de la situation sécuritaire à l’Est de notre pays, laquelle exerce une pression non moindre sur les finances publiques, sans oublier la forte appréciation de la monnaie nationale intervenue fin septembre 2025. Cette dernière a eu une incidence négative sur les recettes publiques, alors qu’elle est génératrice d’effets positifs sur l’amélioration du pouvoir d’achat (réduction de l’inflation et valorisation du Franc congolais).
Dans ce contexte conjoncturel particulier, il y a effectivement plus de tensions de trésorerie en ce début d’année. Le Gouvernement envisage la stabilisation de la situation à partir du 30 avril prochain, avec le paiement du solde de l’Impôt sur les Bénéfices Professionnels. Avant cette date, les salaires sont payés avec un léger décalage de quelques jours. Cela pourrait paraître étrange pour les non-fonctionnaires, mais les agents de l'État savent que le Gouvernement procédait auparavant au paiement avant le 28 de chaque mois. Ce décalage actuel peut irriter, d’où l’importance de l’échéance du 30 avril 2026 pour stabiliser la situation.
En outre, la reprise des exportations de cobalt intervenue récemment va davantage améliorer la situation. La situation est donc sous contrôle en dépit de ces contraintes, et les perspectives sont positives.
GEOPOLIS HEBDO : Comment accueillez-vous l’audit de la masse salariale exigé par le Chef de l’État ?
DOUDOU FWAMBA : Nous accueillons cette décision du Chef de l’État avec une grande satisfaction. Le Ministère des Finances n’a cessé d’alerter le Gouvernement sur l’augmentation de la masse salariale, qui est passée de 840 milliards CDF à 1 300 milliards CDF à ce jour (y compris les paies complémentaires). Il est utile de procéder à un audit de toutes les actions intégrées dans l’état liquidatif.
L’appel de Son Excellence Monsieur le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, est pour nous un grand soulagement. Il permettra au Gouvernement de dégager un espace budgétaire pour que Madame la Première Ministre dispose des moyens nécessaires à la mise en œuvre de son Programme d’Action 2024-2028.
GEOPOLIS HEBDO : On vous accuse aussi d’annoncer beaucoup de réformes sans impact concret sur la population.
DOUDOU FWAMBA : C’est précisément le contraire. Tenez : en matière d’amélioration de la gouvernance des finances publiques, nous avons réussi à implémenter la réforme sur la déconcentration de l’ordonnancement. Elle permet désormais d’améliorer la consommation des crédits budgétaires alloués par le Parlement aux secteurs prioritaires : Santé, Éducation, Agriculture, Infrastructures et Défense nationale.
Cette réforme contribue directement à l’augmentation du nombre de salles de classe, de kilomètres de routes et à la sécurité nationale. Elle était attendue depuis quatorze ans ; elle est aujourd’hui une réalité.
Il y a également la réforme sur le compte unique du Trésor qui est en cours. Elle va permettre d'améliorer la gestion de la trésorerie et de lutter davantage contre le coulage des ressources de l’État. En matière fiscale, nous déployons une réforme majeure sur la facture normalisée pour améliorer la collecte de la TVA. Des recettes additionnelles de l’ordre de 200 millions USD sont attendues d’ici fin décembre 2026.
Enfin, trois réformes majeures sont au Parlement sur notre initiative : les projets de loi sur les marchés financiers, sur les jeux d’argent et de hasard, ainsi que sur le code des assurances.
GEOPOLIS HEBDO : La réforme de la subvention pétrolière a été vivement attaquée. Pourquoi l’avoir maintenue ?
DOUDOU FWAMBA : Parce qu’il était injustifiable que des entreprises minières bénéficient de subventions destinées aux ménages. En corrigeant cette aberration, nous avons généré 150 millions USD de recettes supplémentaires en six mois. C’est une réforme de justice économique. Elle pourrait apporter plus de 250 millions USD additionnels au cours de cet exercice 2026.
GEOPOLIS HEBDO : Sur la corruption et le blanchiment, l’opposition parle de communication sans résultats.
DOUDOU FWAMBA : Les résultats sont institutionnels et mesurables. La RDC a validé 21 des 23 actions recommandées par le GAFI. Ce n’est pas de la communication, c’est un processus technique extrêmement exigeant. Nous avons renforcé la loi, adhéré à l’ESAMLAAG et engagé le processus pour le Groupe Egmont.
Ceux qui minimisent ces avancées n’ont manifestement jamais affronté les standards internationaux. En juin 2024, seules 5 actions avaient été mises en œuvre. Depuis lors, plus de 16 actions ont été réalisées en moins de 20 mois. Comprenez donc notre détermination à sortir de la liste grise. En outre, le Gouvernement a fait adopter une nouvelle loi sur le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.
GEOPOLIS HEBDO : Vos relations avec le FMI sont-elles une mise sous tutelle déguisée, comme l’affirment certains ?
DOUDOU FWAMBA : Non. Elles sont une reconnaissance de crédibilité. Deux programmes conclus pour 2,9 milliards USD, dont 1,8 milliard USD d’appui budgétaire, cela ne correspond pas à un pays sous tutelle, mais à un pays jugé réformateur et fiable. D’ailleurs, 600 millions USD ont aussi été mobilisés auprès de la Banque mondiale. Les bailleurs financent les réformes, pas les discours.
GEOPOLIS HEBDO : L’émission d’eurobonds suscite des craintes sur l’endettement futur.
DOUDOU FWAMBA : La RDC a un ratio d’endettement de l’ordre de 20 % de son PIB et un portefeuille de dette constitué à 95 % de taux concessionnels. Nous avons des atouts à ne pas négliger. La peur de l’endettement ne doit pas devenir une peur du développement. Nous préparons l’accès aux marchés internationaux de manière prudente et graduée pour financer des infrastructures structurantes dans le transport et l’énergie. Refuser cet outil, c’est accepter le sous-développement comme horizon politique.
GEOPOLIS HEBDO : Que répondez-vous à ceux qui doutent de la crédibilité internationale de la RDC ?
DOUDOU FWAMBA : Je leur réponds avec Standard & Poor’s. En janvier 2026, la perspective de la note souveraine de la RDC est passée de « stable » à « positive ». Les agences de notation ne font pas de politique congolaise : elles jugent la discipline budgétaire et la résilience. Leur verdict est clair.
GEOPOLIS HEBDO : Votre mot de la fin ?
DOUDOU FWAMBA : Nous avons fait le choix des réformes difficiles mais utiles, contre les discours faciles mais stériles. L’histoire économique ne retiendra pas les cris, mais les résultats.